LES DANSES INDIENNES

 

 

 

LA DANSE DU SOLEIL

 

Ô, grand pouvoir du soleil! je suis en prière pour mon peuple afin qu'il soit heureux l'été qu'il demeure vivant dans les rigueurs de l'hivers, nombreux sont ceux qu'affligent les maladies et la misère. Aie pitié d'eux et accorde leur de survivre, qu'ils connaissent une longue vie et l'abondance. Qu'il nous soit permis de nous mêler à ces cérémonies selon le juste rite que tu a enseigné à nos ancêtres dans les temps écoulés. Si nous commettons des erreurs, aie pitié de nous! aide nous! ô, terre mère, car nous comptons sur ta bonté. Fais descendre l'eau de la pluie sur nos plaines et dispense nous une abondance de baies sauvages. Ö étoile du matin, lorsque tu tournes vers nous ton regard, envoie nous le pain et le sommeil réparateur!. Grand esprit bénis nos enfants, nos amis, et nos hôtes, en nous donnant une vie heureuse, que nos pistes s'étendent droites et plates devant nous et accorde nous de vivre jusqu'à notre vieillesse?. Nous sommes tes enfants et nous te demandons cela d'un cœur pur. ALPHONSO.M. DI. NOLA.( le livre d'or de la prière)

 

 

La Danse du Soleil était la cérémonie religieuse la plus spectaculaire chez les indiens des plaines. Elle avait lieu une fois par an pendant le solstice d'été. La célébration pouvait durer quatre à huit jours. Elle voulait démontrer qu'il existait une continuité entre la vie et la mort, que la mort n'était pas une fin en soit mais faisait partie d'un cycle. Les tribus qui pratiquaient la Danse du Soleil Les tribus nord-américaines qui pratiquaient la Danse du soleil étaient les suivantes: Arapaho, Arikara, Assiniboine, Cheyenne, Crow, Gros Ventre, Hidutsa, Sioux, Cree des plaines, Ojibway des plaines, Sarasi, Omaha, Ponca, Ute, Shoshone, Kiowa et Blackfoot. Le rituel de la Danse du Soleil pouvait varier d'une tribu à l'autre. Pour celles qui subsistaient par la chasse au bison, la Danse du Soleil était la cérémonie religieuse la plus importante. Ce rite célébrait la renaissance des participants et de leurs familles ainsi que le renouveau du monde terrestre. Le rituel comprenait sacrifices et souffrances afin de garantir l'harmonie entre les êtres vivants. Ce rituel est encore pratiqué de nos jours. La préparation de la cérémonie Un chaman était chargé de la cérémonie. Il donnait ses instructions pour la construction de la loge de la danse. Les hommes les plus importants de la tribu devaient se mettre en quête d'un arbre dont la cime se terminait en forme de fourche. Cet arbre servait de mât central. Des guerriers devaient ensuite l'attaquer avec leurs fusils et leurs arcs et une fois qu'il était "mort", il était coupé. Puis on plaçait dans la fourche un paquet qui contenait des broussailles, de la peau de bison, du tabac. On plaçait également les effigies du bison et de l'homme, de larges bandes d'étoffes aux couleurs symbolisant les directions géographiques. Ensuite, l'arbre était transporté sur les lieux de la cérémonie. On sacrifiait alors un bison. Sa tête avec la peau du corps était attachées tout en haut du mât. La tête de bison était tournée vers l'est, vers le soleil levant. Le mât représentait le centre du monde, reliant le ciel à la terre. La structure entourant l'arbre était construite par le danseur principal et les hommes de son clan. A environ 25 mètres du mât, ils plantaient en rond 28 piliers correspondants aux 28 côtes du bison. Des perches étaient fixées à leurs cimes puis reliées au mât central. La fourche du mât représente le nid d'un aigle, un des animaux sacrés chez les indiens; parce qu'il peut voler très haut, c'est l'oiseau qui se rapproche le plus du soleil. C'est pour cela qu'il est le lien entre l'Homme et le Ciel, messager qui porte les prières des hommes jusqu'à Dieu (Wakatanka). L'aigle facilite la communication avec les Esprits pendant la Danse du Soleil. Les plumes de l'aigle sont aussi curatives, ainsi le chaman va toucher l'arbre-mât avec une plume d'aigle qu'il va ensuite appliquer sur le corps d'un malade, transférant ainsi l'énergie du mât au malade. Un rituel en l'honneur du bison L'autre animal sacré des indiens est le bison, il apparaissait souvent au début du rituel. Les indiens Shoshone croyaient que c'était le bison qui avait enseigné à l'homme les rituels de la Danse du soleil. On dédiait des chants et des danses à cet animal parce qu'il symbolisait la vie. Les indiens dépendaient du bison pour manger, s'habiller, fabriquer leurs tipis, armes et ustensiles. Suivant les tribus, le bison participait de différentes façons à la Danse du Soleil. Les Cheyennes avaient décrété que tous les objets sacrés introduits dans la Danse du Soleil étaient liés au bison. Les Sioux Lakota plaçait un pénis séché de bison contre le mât-soleil pour décupler la virilité des danseurs. Le crâne de bison était utilisé comme une entité à part entière dans le déroulement de la dansel. Les Cheyennes remplissaient les cavités des yeux et du nez d'un crâne de bison avec de l'herbe qui représente de la nourriture en abondance pour cet animal, et donc aussi pour les hommes. Les Sioux Dakota croyaient que les os se régénèrent en un nouveau bison parce que l'âme se trouve dans les os. Réduire une chose vivante à un état de squelette c'est lui permettre de rentrer à nouveau dans la vie, c'est une renaissance spirituelle. Pendant la Danse du Soleil le bison apparaissait souvent dans des visions; un danseur pouvait défier un bison en le chargeant mais le bison pouvait également assommer un danseur. Si un danseur perdait connaissance trop longtemps, cela signifiait qu'il avait eut trop peur d'affronter le bison. Chaque participant devait défier le bison, c'est lui qui décidait alors si cette personne valait la peine que ses prières soient écoutées. Si dans ce face à face spirituel, le danseur pouvait voir la foule tout autour à travers l'œil du bison, cela voulait dire que lui et le bison ne faisait plus qu'un. La Danse du Soleil c'est aussi résoudre un conflit interne: respecter le bison qui est un animal sage et puissant mais devoir le tuer pour survivre. L'adoration du bison permettait de le traiter avec respect, de lui redonner la vie que le chasseur devait prendre pour se nourrir. Les indiens pensaient aussi que le bison fait don de lui-même pour leur permettre de vivre, il est donc normal de lui donner quelque chose en retour, en signe de gratitude. Le sacrifice par le jeûne, la soif et l'auto-flagellation étaient autant de gestes de gratitude envers lui. Déroulement de la Danse du Soleil Le don de son corps était vu comme le plus grand des sacrifices. Chaque participant se présentait devant l'homme-médecine qui pinçait entre son index et son pouce une partie de la peau de leur poitrine. Avec un couteau aiguisé, il transperçait cette partie et y glissait une baguette en os ou en bois. Cette "broche" était ensuite liée à l'aide d'une lanière de cuir au mât sacré. Ces lanières sont censées représenter les rayons de lumière émanant du Grand Esprit. L'homme devait ensuite se libérer en tirant sur cette lanière. Il y avait trois manières d'offrir sa souffrance: fixer le soleil en étant percé, en étant suspendu, ou en tirant des crânes de bisons accrochés aux lanières qui étaient fixées dans le dos. Il était aussi possible aux danseurs d'offrir des morceaux de leur chair aux parents ou amis. Cette auto-torture symbolisait une renaissance. La douleur représentant la mort, la libération de cette entrave symbolisait la résurrection, physique et spirituelle de l'homme, des bisons mais aussi de tout l'univers. Quand les danseurs étaient tous libérés, la Danse du Soleil était terminée. On allongeait alors les danseurs sur des lits de sauge où ils continuaient à jeûner et racontaient leurs visions au chaman. On en faisait de nouvelles chansons, de nouveau pas de danses. On en tirait même des prophéties. Quand la tribu était prête à lever le camp, les objets sacrés étaient disposés en pile au pied du mât. On ne les emmenait pas parce qu'ils étaient bien trop sacrés pour être réutilisés. Ces objets retourneraient à la nature. Afin de déposséder les indiens de leurs traditions et de leurs coutumes, les autorités américaines se servir de l'aspect mutilant de cette pratique pour interdire la Danse du Soleil et autres rites tribaux en 1881. La pratique continua dans la clandestinité jusqu'en 1934, date à laquelle l'interdiction fut levée par le "Indian Réorganisation Act

 

 

LA GHOST DANCE

 

 

La Ghost Dance est un mouvement qui est né de la croyance en un messie nommé Wovoka issu de la tribu des indiens Paiute en 1870. Il toucha les tribus des grandes plaines au début des années 1890. Il permettait d'exprimer un profond regret de la vie passée, et de croire à son retour, au retour des fantômes qui aideraient les opprimer à retrouver leur ancien style de vie, avant l'arrivée des blancs. Bien évidemment ce rituel fut interdit par le gouvernement US. Cette interdiction fut à l'origine du massacre de Wounded Knee où des centaines de guerriers, de femmes, et d'enfants ont été lâchement massacrés par les soldats. Ce massacre mit fin au rituel. Certains des guerriers croyaient tellement en leur religion qu'ils pensaient que le port de tuniques avec le dessin d'aigles ou bisons pouvait suffire à stopper les balles des soldats. La légende dit que ce fut le cas pour l'un d'entre eux, le Chef Crazy Horse qui survivra au massacre. Voici l'une des prières de ces croyants en une ère nouvelle où la maladie, l'oppression seraient absentes... «La Mère Nature est toute-puissante, ayant pour elle l'éternité. Que sont les inventions des hommes, les cités hautaines qu'ils élèvent aux confins du désert, les armes terribles qu'ils emploient pour assurer et défendre leurs conquêtes ? Rien qu'un peu de poussière constituée que les grandes forces naturelles tendent à restituer dans sa forme primitive. Désertez pendant quelques années la citadelle, abandonnez quelques mois le canon ou la mitrailleuse dans la Prairie, et bientôt l'herbe et la ronce auront envahi la pierre, la rouille rongé l'acier dur.

 

DANSE FANTOME

 

 

 


DITE AUSSI DANSE DES ESPRITS

CETTE DANSE ENGENDRE UNE ENERGIE QUI A LE POUVOIR DE RANIME LES MORTS.

En 1870,Woodzuwob prophétise un cataclysme entraînant la disparition de l'homme blanc, et par là, la fin des souffrances pour les INDIENS.
Woodzuwob enseigne les danses que lui même a appris au cours d'une vision.
A partir de 1890,Wovoka lui succède après être entré en transe au cours d'une éclipse solaire. Son message se propage comme une traînée de poudre dans les plaines.
Un peu partout les Indiens se mettent à danser en cercle "la DANSE DES FANTÔMES".
Des blancs l'interprètent comme une menacent" les Indiens dansent dans la neige comme des fous ou des sauvages" et certains appellent l'armée à l'aide.

Prés de WOUNDED KNEE, les Indiens Sioux effrayés (par l'annonce de l'arrivée de l'armée) s'enfuient de leur réserve. Quelques-uns portent des "chemises fantômes" ils pensent qu'avec ces chemises ils sont invulnérables car les balles ne peuvent les traverser.
Les militaires interviennent, les capturent, les rassemblent sur les rives de la rivière Wounded Knee et leur donnent l'ordre de déposer les armes.
Un jeune indien refuse. un coup de feu part.
""...les soldats tirent sur tout ce qui bouge"
300 Sioux, FEMMES ENFANTS HOMMES TUES

 

Quelques photos de pow wow

 

 

 

DANSE D'HIVER

 

 

Cette scène représente une danse d'hiver dans la maison Hippocampe à Quattishe, village Kwakwaka'wakw du sud sur la baie Quatsino. Le grand personnage de l'ancêtre, sculpté par George Nelson en 1906, soutient la poutre principale du toit à l'arrière de la maison. Le personnage est décoré d'une baleine sur la poitrine et a des bracelets de cuivre aux bras. Il se dresse derrière le siège d'honneur, une planche soutenue par deux figures accroupies. Les hivers humides de la côte étaient appelés «Tsetseka», ou saison des cérémonies et du surnaturel. Les fêtes, les histoires et les danses se déroulaient à cette époque et l'on consacrait beaucoup d'énergie à créer des illusions de magie et de surnaturel qui étaient produites pour la famille et pour des invités dans les vastes maisons illuminées par des feux et enfumées. Les représentations théâtrales et les cérémonies élaborées constituaient un élément important de la vie et même à l'époque où les potlatch étaient interdits par le gouvernement, les traditions furent secrètement perpétuées. Aujourd'hui, ces traditions sont fièrement préservées et transmises au U'Mista Cultural Centre de Alert Bay, en Colombie-Britannique. Les Kwakwaka'wakws reconnaissaient quatre troupes de danse dont la principale était Hamatsa, qui était formée de personnages et d'oiseaux-monstres qui habitaient les cieux et se nourrissaient de chair humaine. Cette scène représente trois danseurs Hamatsa qui jouent le rôle du Corbeau, de Huxwhukw et de Galukwanl («bec tordu»). Le poteau de la maison, le rideau de danse, la coiffure, le bâton d'orateur et les masques font aujourd’hui partie de la collection du Museum of Anthropology de l'université de la Colombie-Britannique.

 

 

Les peuples marins de la côte Nord-Ouest du Pacifique se déplaçaient presque exclusivement par voie des eaux et ils passaient une grande partie de leur existence en canot. Ces merveilleuses embarcations ont évolué au fil des siècles et sont devenues de forme et de fonction élaborées. Elles étaient de toutes tailles, allant des petites embarcations personnelles à des grands canots de cérémonie aux décorations compliquées. Elles étaient parfois liées pour transporter des grosses cargaisons et lors de manifestations spéciales, elles servaient de plates-formes de danse flottantes. La maison et le mât totémique représentés sur cette peinture appartenaient au chef Wakas de Alert Bay. La maison était la plus au sud de la rangée de maisons qui donnait sur la plage. Le mât a été emmené au parc Stanley de Vancouver où il est demeuré pendant des années avant d'être restauré et installé au Musée canadien des civilisations. D'après une aquarelle originale de 28 po x 41 po par Gordon Miller © 1990 MCC S90-4017 .

 

 

Faisant parti du groupe Native Indians group je reçois chaque jours des nouvelles de mes amis Amérindiens, et aujourd'hui je tiens à vous faire partager ce qu'a vécu Isabelle Vazeilles

 

 

LA DANSE DU SOLEIL DES INDIENS SIOUX LAKOTAS
Green Grass, août 1991
 

La traditionnelle Danse du Soleil des Indiens des Plaines s'est une
fois de plus déroulée cet été dans la Réserve des Sioux Lakotas de
la Cheyenne River à côté du village de Green Grass dans l'Etat du
Sud Dakota aux Etats-Unis. Chaque année, les Sioux ne manquent
jamais de célébrer cette cérémonie sacrée qui, encore de nos jours,
revêt pour ce peuple une importance capitale. La Danse du Soleil est
une des fêtes essentielles de la tradition sioux. Elle permet à ce
peuple de retrouver une certaine identité perdue lors de la
colonisation blanche.
 

La Danse du Soleil est une cérémonie, un rituel collectif de prière.
Les Danseurs du Soleil (Sundancers) qui ont des demandes à adresser
au Grand Esprit, attirent son attention par des souffrances
corporelles et mentales qu'ils s'infligent tout au long de la
cérémonie. La souffrance appelle le Grand Esprit et l'amène à
répondre aux souhaits des Indiens. D'une manière générale, les
Indiens font cette Danse pour venir en aide à un membre de leur
famille ou à un ami proche se trouvant dans le besoin ou souffrant
d'une maladie. La principale quête de ce rituel se trouve être la
souffrance, seul moyen, en effet, de se voir accepter dans le monde
des adultes ou de voir accomplir son vœu. Pour ce faire, les Sioux
organisent leur participation à la cérémonie en fonction du niveau
de souffrance qu'ils veulent atteindre, en correspondance directe
avec l'importance du vœu souhaité.

 

La Danse dure quatre jours, mais libre est celui qui désire limiter
sa participation à deux ou même un jour. Pendant sa participation à
la Danse, qui peut varier donc d'une demie journée à quatre jours
complets, l'Indien se prive de manger et de boire. Seul lui est
permis d'ingurgiter une décoction, préparée par le chamane, à base
d'armoise. Cette boisson à l'odeur forte permet au danseur de
purifier son corps. Elle chasse les mauvais Esprits et soutient les
danseurs dans leurs efforts. Le manque d'eau est certainement ce qui
fait le plus souffrir les participants, la chaleur est torride et
les durs rayons du soleil martèlent les têtes comme le forgeron
martèle le fer rouge.

 

Green Grass, août 1991

 

 

En plein soleil et nue tête, je ne me rends pourtant pas compte que
je risque l'insolation. Mon esprit est trop occupé par les
merveilles et les magies qui se présentent à moi pour y prêter
attention. Et je songeais aussi à mon récit futur sur cette
expérience extraordinaire, consciente de la difficulté de
retranscrire l'intranscriptible...

 

 

 

La Danse du Soleil dure du lever du soleil à son coucher. A chaque
fois, elle se présente sur le même schéma. Les Indiens entrent dans
le "cercle sacré" (sacred circle) et accomplissent une danse, une
déambulation circulaire d'une durée de 15 à 30 minutes. La phase de
danse est suivie d'une pause pour que les danseurs puissent se
reposer. Du lever au coucher du soleil, s'enchaîne une suite de
danses et pauses. En termes d'heures, la Danse du Soleil débute vers
6 heures du matin pour finir vers 18 heures. Soit environ 12 heures
de rituels par jour. Le temps joue sur la fatigue et le moral des
participants et, comme pour un marathon, l'important est de tenir
jusqu'au bout. La petite foule des spectateurs est là tout autour
plus en tant que supporters qu'en simples spectateurs. Durant la
Danse, les Danseurs du Soleil sifflent constamment dans des sifflets
confectionnés dans des os d'aigle. Privés d'eau, la salive manque et
le simple fait de souffler devient un supplice à la longue des plus
atroces. En effet, le plus dur n'est ni la danse ni le manque de
nourriture et de boisson, c'est sans doute siffler en permanence par
trente cinq à quarante degrés Celsius et, bien sûr, le "piercing"
rituel. 

 

 

Le Piercing

 

Le piercing, s'il n'est pas obligatoire, reste le geste essentiel de
la Danse, symbolique de l'auto-torture qui atteste de la foi
indienne en ses croyances. Le Danseur du Soleil s'accroche dans la
poitrine, par deux endroits différents, entre la chair et la peau,
deux morceaux d'os (ou des griffes) d'aigle de quelques centimètres
de long et d'un centimètre d'épaisseur environ. Ces deux bouts d'os
sont attachés à une corde en peau, épaisse et longue, reliée à
l'Arbre du Soleil. Les danseurs attachés de la sorte dansent autour
de l'arbre auquel ils sont relié. Finalement, dans une danse
frénétique, une sorte de lutte avec l'Arbre du Soleil, qui symbolise
la force à vaincre pour atteindre le but sacré, ils s'efforcent de
se libérer de leurs attaches. Pour cela, il leur faut tirer leur
corps en arrière dans un mouvement de danse, afin de faire céder la
peau qui maintient dans la chair les deux bouts d'os d'aigle. La
peau craque, se déchire, la souffrance se dessine sur le visage du
danseur. Enfin, les chairs cèdent, la corde jaillit en l'air et
tombe sur le sol, lasse et fatiguée semble-t-il de la lutte, alors
que la joie illumine le visage du danseur d'un bonheur incomparable.


 

Les Danseuses du Soleil

 

 

A Green Grass cet été là, il y avait quelques femmes au sein du
groupe de danseurs. Dans le passé et selon la tradition sioux, les
femmes ne pratiquaient pas la Danse du Soleil. A la différence des
hommes qui ont à prouver leur virilité, leur force et leur courage,
les femmes qui ont donné la vie et se sont occupées des morts, n'ont
rien à prouver. En effet, les Indiens reconnaissent (et un vieil
homme traditionaliste le rappela par haut-parleurs pendant une des
pauses de la cérémonie) qu' accoucher est une épreuve physique et
morale très dure et très éprouvante. A chacune de ses couches, la
femme endure la douleur et la fatigue, elle montre ainsi sa capacité
à supporter la souffrance qu'elle n'a donc pas besoin de prouver une
nouvelle fois durant la Danse du Soleil. L'homme indien représente
le sexe fort, et détient traditionnellement le rôle de protecteur du
foyer, pour cela il doit s'affirmer en tant que tel et démontrer ses
capacités à endurer les souffrances que la vie inflige à tous les
êtres humains. Ne connaissant pas les souffrances de l'enfantement,
il s'inflige artificiellement et volontairement des souffrances qui
vont lui permettre de se hisser à son rôle de chef de famille.

 

 

Cependant, depuis une quinzaine d'années, les femmes réclament le
droit de participer à cette cérémonie y compris aux pratiques d'auto-
tortures. Néanmoins si de nombreuses femmes exécutent la Danse du
Soleil, elles restent très peu nombreuses à s'imposer le "piercing".
A Green Grass, aucune femme ne s'infligea cette épreuve cette année
là. Les femmes qui le pratiquent, se font attacher, m'a-t-on dit,
les deux bouts d'os dans la peau du dos. Des cordes relient ces
broches en os à un crâne de bison qu'elles doivent traîner d'un pas
cadencé tout autour du cercle du Soleil. Au bout de quelques tours,
lorsqu'elles choisissent de se libérer, on abrège leur souffrance en
demandant à une personne, un enfant en général, de s'asseoir sur le
crâne de bison, alourdissant ainsi le poids. La femme, souvent aidée
par d'autres Danseurs du Soleil ou par un chamane ou son aide, tire
plusieurs fois vers l'avant pour que la peau se déchire et enfin la
libère de sa lutte.

 

Le Cercle sacré

Les Danseurs et Danseuses du Soleil dansent dans un cercle sacré,
délimité et arrangé soigneusement selon les instructions du chamane

 


du "saint homme" (holy man), les Sioux disent aussi "medicine man"
("homme médecine") - responsable du bon déroulement de la cérémonie.



Les offrandes et l'Arbre du Soleil

 

 


Au centre du cercle, se trouve l'Arbre du Soleil", un peuplier aux
feuilles bruissantes, assez grand, d'une hauteur de dix mètres
environ. On peut remarquer sur cet arbre, des sortes de longs
foulards aux couleurs vives, attachés directement sur le tronc ou
aux branches, qui ondulent au moindre souffle du vent semblant ainsi
animer l'arbre d'une vie surnaturelle. Enroulée dans un des angles
de ces pièces de tissu rectangulaires et étroites, se trouve une
offrande, une pincée de tabac. Le tabac, symbole de fumée, de feu,
de chaleur, et par extension de paix, représente une véritable
offrande des Indiens au Grand Esprit. Cette offrande veut aider à
établir le contact entre l'Homme et le Sacré, entre le mortel et
l'immortel, cela sous le couvert du symbole de la Paix. Je peux
apporter deux autres explications à la présence des foulards
multicolores. Les Indiens m'ont expliqué que la première répondait à
un soucis de rendre hommage au Grand Esprit et par là même aux
différents éléments de l'univers et la deuxième explication, reliée
à la première, les danseurs et spectateurs viennent accrocher un
foulard dans le but de voir s'exaucer les plus chers de leurs voeux. 

Selon la couleur du foulard, l'hommage est rendu à tel ou tel
élément composant l'univers. La couleur bleue souligne le respect du
Sioux pour le ciel ; la couleur verte marque l'admiration et l'amour
du Sioux pour la Terre Mère, la nature et ses bienfaits. Le rouge,
le blanc, le jaune et le noir sont des couleurs qui rendent hommage
chacune à un des points cardinaux. 

Les points cardinaux, l'Ouest, le Nord, l'Est, le Sud, le Ciel, la
Terre et le Centre de la Terre ou de l'Univers, font l'objet d'un
véritable culte. Mais il est vrai que quand on voit l'immensité des
plaines du Sud Dakota et le calme et la plénitude qui s'en dégagent,
on comprend mieux alors le culte rendu à la nature, à l'immensité, à
l'étendue de l'univers, qui se concrétise par cet hommage aux points
cardinaux qui permettent de s'orienter dans ces espaces infinis.

Que je me tourne vers le Nord, le Sud ou l'Est, mon regard se perd,
et alors que j'entends le battement du tambour - "le cœur de
l'univers" - des "Musiciens du Soleil", je commence à comprendre.
Cet espace signifie liberté, et les points cardinaux, bornes
imaginaires d'une délimitation fictive, symbolisent entre autres
cette liberté si chère aux Indiens. Ainsi, qu'elle ne fût pas mon
émotion, quand, d'une main tremblante, je pus attacher moi aussi mon
foulard jaune sur l'Arbre du Soleil, en témoignage de mon respect et
de mon émotion pour l'Est. 

L'armoise

Décorant aussi l'Arbre du Soleil, accrochés à la limite entre le
tronc et les branches, deux bouquets de branches d'armoise qui
semblent orner l'arbre comme deux cornes de bison. L'armoise est une
plante qui pousse partout dans le Sud Dakota. Les Sioux considèrent
les différentes variétés d'armoise comme des plantes sacrées dont
ils se servent dans leurs cérémonies et rituels. Cette plante a des
fonctions magiques, par son odeur forte elle chasse et éloigne les
esprits mauvais des danseurs et du cercle sacré. L'armoise dispersée
aux abords du cercle, en chassant les mauvais esprits, confère à
l'espace un climat de pureté, condition nécessaire pour
l'installation de la communication entre le Grand Esprit et les
Hommes.

L'enceinte sacrée

Le cercle du Soleil fait approximativement une cinquantaine de
mètres de diamètres. Il est délimité par un nombre de piquets bien
défini, tous de couleurs rouge. Sur chaque piquet, au nombre de 400
cet été là, est attachée une petite offrande de tabac, enfermée dans
un carré de tissu rouge, ficelée sur le bâton. Lors des précédentes
danses à Green Grass, le nombre de piquets étaient de 405, mais le
chamane directeur de la cérémonie n'était alors pas le même. Le
nombre de piquets a une signification magique, seul le chamane
pourrait l'expliquer en entier parce qu'elle est en partie en
correspondance directe avec l'une de ses visions. Entre chaque
piquet, un medicine man a placé une branche d'armoise pour les
vertus que l'on connait. Quatre portes entrecoupent le cercle de
danse aux quatre points cardinaux. Chacune d'elle est délimitée par
deux bâtons placés à un mètre d'intervalle en avant du cercle des
400 piquets rouges. Sur ces deux bâtons sont attachés des pièces de
tissus - des foulards - de la couleur symbolisant le point cardinal
correspondant. Le Nord est de couleur rouge, le Sud est blanc, la
porte de l'Est est jaune et celle de l'Ouest est noire.

Autour du cercle sacré, un abris circulaire recouvert de branches de
peuplier (cottonwood) protège les spectateurs, parents et amis,
venus soutenir les danseurs. 

Un peu en retrait de la "porte de l'Ouest" est située la partie de
l'abris réservé aux Danseurs du Soleil qui peuvent durant les pauses
tenter de récupérer un peu. Derrière cette partie, toujours vers
l'Ouest, se trouvent deux mini cabanes coniques en forme d'igloos,
construites en bois et recouvertes de branchages et de couvertures,
ce sont les saunas indiens - sweatlodges - qui permettent aux
danseurs de se purifier avant d'effectuer la danse cérémonielle.

A quelques mètres de la "porte du Sud", un emplacement est réservé
pour le groupe de musiciens. Au nombre de cinq ou six, ils chantent
et jouent du tambour, frappant sur la peau tendue à l'aide d'un
bâton dont l'extrémité forme une boule de cuir ou de fourrure
blanche.

Les vêtements pour la Danse du Soleil

Les vêtements des Danseurs du Soleil, contrairement aux parures
vestimentaires lors des powwows où les habits ne sont qu'éclats de
lumières, broderies de couleurs et tapisseries de perles, sont
plutôt sobres, simples et confectionnés relativement sur le même
modèle. Les hommes portent de longues jupes rouges ou bleu marine,
bordées d'un ruban noir, rouge ou bleu, taillées dans des tissus des
plus ordinaires. Les torses sont nus et seuls ornent les larges
poitrines des colliers très longs faits en os de cervidés ou de
bison ; quelques-uns portent de larges médaillons perlés. Ils
tiennent à la bouche un sifflet en os d'aigle auquel est accroché un
duvet d'aigle. Un bandeau de tissu orné d'une ou deux plumes retient
leur longue chevelure. Cependant, certains ne portent pas de plumes. 

Les robes des femmes sont, tout en restant simples, plus
diversifiées. Les tissus sont rouge, blanc, vert, bleu, jaune, noir,
couleurs traditionnelles des cérémonies indiennes. Certaines femmes
portent des robes en tissu clair à petites fleurs. En aucun cas ces
robes ne sont des robes de galas. 

Les habits sont pratiquement sans aucune fioriture, la Danse du
Soleil n'est pas un show, c'est une cérémonie sacrée, solennelle.
Danseurs et danseuses sont nus pieds, l'herbe est dure et fendille
la plante des pieds en mille et une petites coupures qui font
souffrir les danseurs. Beaucoup d'entre eux tiennent entre leurs
mains un éventail en plumes d'aigle qu'ils ne cessent d'agiter dans
le but d'appeler l'aide du Grand Esprit.

Les deux chamanes de la Danse du Soleil de Green Grass portaient sur
la tête en guise de coiffe une tête de bison dont l'épaisse toison
les recouvrait de la nuque aux reins. Ils étaient revêtus d' une
longue jupe rouge, laissant entrevoir lorsqu'ils marchaient un pan
de blue-jean, charmant clin d'oeil à l'Amérique des temps modernes,
anachronisme dans un décors du passé mais aussi affirmation qu'il
s'agit bien d'une cérémonie traditionnelle du 20e siècle.

L'aide-chamane est vêtu d'une jupe noire, il tient à la bouche un
sifflet et porte un éventail en plumes avec lequel il chasse les
mauvais esprits par dessus la tête des danseurs.

La Danse du Soleil se déroule en trois temps : le temps de la danse,
le temps du piercing, le temps de la gloire (fin de la cérémonie).

Le temps de la Danse

Les Danseurs entrent dans le cercle par la porte de l'Est, de
couleur jaune ; en pivotant sur eux mêmes entre les deux bâtons de
l'Est, ils lèvent et baissent alternativement les bras pour saluer
les points cardinaux et s'avancent dans l'enceinte sacrée pour se
positionner pour effectuer la danse. Il existe plusieurs manières de
danser, qui sont autant de manières de prier.

Une première fois, les danseurs s'étaient un à un positionnés autour
du cercle, séparés les uns des autres d'un mètre cinquante environ.
Tournés vers l'extérieur du cercle, ils fléchissaient les jambes au
rythme du tambour, sifflaient sans arrêt et levaient et baissaient
successivement les bras afin de rendre hommage à la nature et au
Grand Esprit. 

Une autre fois, ils s'étaient placés tour à tour devant chaque point
cardinal adoptant les mêmes mouvements de danse des jambes et des
bras que précédemment. Rangés en deux lignes parallèles, l'une
derrière l'autre, ils rendaient hommage aux points cardinaux et par
là même aux Esprits de l'Univers (Tunkashila, "les Grands-pères") et
au Grand Esprit.

Une troisième fois, ils dansèrent de la même façon en deux lignes
l'une derrière l'autre mais seulement face à la porte du Sud où se
trouvent les musiciens et le groupement le plus important de
spectateurs. Cette position des danseurs face au Sud fut la plus
fréquente parce qu'ainsi les Danseurs dansent en regardant le Soleil
(d'où le nom en sioux de cette cérémonie "en regardant le soleil ils
dansent"), une autre forme de souffrance pour les danseurs. Les
spectateurs qui choisissent de se regrouper à cet endroit le font
parce qu'ils sont près des musiciens mais aussi parce qu' ainsi ils
tournent le dos au Soleil et résistent mieux à la fatigue de la
journée.

Les danseurs en piste, l'aide medicine man joue alors un rôle
important. A l'aide de son éventail de plumes d'aigle, en se plaçant
derrière le danseur, il effectue un mouvement qui va de l'avant de
la tête du danseur à l'arrière. Il s'agit autant de faire fuir les
mauvaises influences que de faire pénétrer la "puissance" du Grand
Esprit. Ce geste rituel prend du temps, les danseurs sont nombreux
et le geste demande de l'application et de la précision. Un des
chamanes, à l'aide d'une sorte de brasero dans lequel brûle de
l'armoise, fait le tour du cercle, le long des piquets rouges. La
fumée odorante et magique se répand sur les contours éloignant les
mauvaises influences éventuelles. Il entoure de cette fumée les
musiciens qui font un geste de la main pour mieux l'attirer vers
eux. Enfin, il se dirige vers les Danseurs qui d'un mouvement
d'éventail captent la fumée vers eux. L'espace, l'air, les esprits
ainsi purifiés, la communication entre le Grand Esprit et les Etres
humains en sera facilitée.

Le rituel de la remise des pipes sacrées

A la fin de chaque période de danse, les danseurs procèdent à la
cérémonie de remise des pipes sacrées. Un groupe de quatre ou cinq
danseurs, voire plus, se présente devant la porte Sud, de couleur
blanche. Ils tiennent chacun entre leurs mains un calumet qu'ils
vont offrir à des personnes de l'assemblée choisies par
l'organisateur de la Danse. 

Deux fois, deux après-midi de suite, je fus ainsi désignée pour
recevoir une des pipes sacrées. Partagée entre le désir d'effectuer
cette tâche honorifique et la peur de n'être pas à la hauteur, je me
positionnais sur la délimitation de la porte Sud en prenant exemple
sur les trois autres personnes toutes indiennes. 

La remise des pipes est un moment important de la Sundance, elle
scelle l'union entre danseurs et spectateurs. Union qui se doit
d'être sereine et parfaite afin d'atteindre une osmose entre
Danseurs du Soleil et spectateurs / participants, ce qui facilite la
communication avec le Grand Esprit. Chaque esprit doit s'unir à tous
les autres pour ne faire plus qu'un ; toutes les souffrances doivent
s'assembler pour ne faire plus qu'une ; ainsi les multiples appels
au Grand Esprit ne feront plus qu'un même appel doté d'une force
exceptionnelle. 

Je sentais sur moi les regards inquiets de certains Indiens qui
voyaient que ma peau était celle d'une Blanche et que mes vêtements
ne convenaient pas tout à fait pour cette cérémonie. Une dame sioux,
n'y tenant plus, s'approche rapidement de moi et m'enroule d'un
geste sûr et ferme, une grande couverture indienne, un "quilt
blanket" représentant l'Etoile du Matin, qu'elle me noue autour de
la poitrine. La couverture me serrait, j'avais peur, j'avais chaud.
Mais je savais que cette couverture était l'élément symbolique qui
faciliterait la liaison entre la civilisation blanche et le peuple
indien, me permettant de recevoir la pipe sacrée. Les chanteurs se
mirent à chanter et les danseurs se placèrent face à la porte sud.
Le rituel de la remise des pipes sacrées pouvait commencer. Les
Danseurs du Soleil firent plusieurs fois le geste symbolique de nous
offrir les calumets avant de nous les remettre réellement au
quatrième essai. Le calumet entre les mains j'ai cru, l'espace d'un
instant, tenir l'univers tout entier. Il fallut ensuite l'allumer,
ce que je réussis avec l'aide d'un des musiciens, en tirer quelques
bouffées avant de le faire passer à d'autres personnes de
l'assistance afin qu'elles fument à leur tour. Une fois toutes les
pipes fumées, le tambour se remit en action, annonçant la deuxième
partie du rituel de remise des pipes sacrées. Il fallait maintenant
rendre aux Danseurs les calumets selon le même cérémoniel. Ce rite
crée un lien très fort entre danseurs et non danseurs. Ce lien est
encore plus fort au moment du rituel du piercing.

Le temps de la souffrance

C'est lors du piercing, dernière étape que s'imposent les Danseurs
du Soleil, que la souffrance atteint son paroxysme. C'est le moment
où la relation spectateurs danseurs est la plus intense, la plus
solide. Les spectateurs / participants ne se contentent pas de
compatir à leurs souffrances, mais par la communion de leurs
esprits, ils les vivent comme si elles étaient les leurs. 
 


Il existe plusieurs manières de pratiquer le piercing. A Green
Grass, cet été, j'ai pu voir trois différentes manières.



La première, la plus traditionnelle, a déjà été précédemment
décrite. Elle consiste à tirer sur la corde à la fois reliée à
l'Arbre du Soleil et à la poitrine du Danseur afin de faire céder la
peau, libérant l'homme de ses attaches. Le chamane aide et soutien
le Danseur ; positionné derrière lui, il lui envoie sans cesse de la
fumée d'armoise, l'accompagnant dans sa lutte contre son ennemi
invisible.



La deuxième manière d'exécuter le piercing, que j'ai pu observer à
Green Grass, est beaucoup plus spectaculaire. L'Indien désirant
accomplir ce type de piercing est arrivé au centre du cercle sacré
près de l'Arbre du Soleil, accompagné par plusieurs autres danseurs.
Ces compagnons lui attachèrent entre la chair et la peau un bout
d'os d'aigle, bien au centre de sa poitrine. Ils relièrent ensuite
la corde du buste du danseur à une haute branche de l'Arbre solaire.
Puis ils hissèrent l'homme sur leurs larges épaules. Et, rapidement,
après un temps de concentration de quelques secondes, le danseur
saute, la corde se tend, la peau craque, le poids du corps
entraînant la déchirure. La libération est immédiate, la douleur
instantanée et violente. Mais le Sioux est libéré et un soupir de
soulagement et de plaisir s'échappe de l'assemblée alors qu'un
sourire illumine de bonheur, de joie et de fierté, le visage du
danseur.



La troisième manière de pratiquer le piercing dont j'ai été témoin,
est la manière usitée par les femmes précédemment décrite. Le
danseur est attaché par le dos à un ou plusieurs crânes de bison. Il
tourne en dansant, autour du cercle magique à l'intérieur des
piquets rouges, traînant sa lourde charge, cette force mystérieuse,
ces crânes de bison qui semblent aussi attentifs et cérémonieux que
l'assemblée. La peau se tend, la souffrance est excessive, mais il
faut du temps pour que la peau cède. On abrège sa souffrance au bout
de quelques tours. Une personne s'assoit sur un des crânes qui
devient alors très lourd. Par à coups, le Danseur tire ; la douleur
horrible, sourde et traître, décompose son visage qui reste malgré
tout fier et noble. Puis vient la libération et après la souffrance,
la félicité.



Il existe une quatrième manière d'exécuter le piercing. Aucun
Danseur à Green Grass ne l'a pratiquée cet été là. C'est
certainement la manière la plus atroce et la plus cruelle. L'Indien
est attaché par quatre endroits différents : deux os d'aigle au
dessus des omoplates, deux autres dans la poitrine. Les quatre
cordes qui partent de ces quatre bouts d'os sont chacune reliées à
un poteau. Le danseur tire dans tous les sens pour se libérer. Il va
longtemps se débattre avant de sentir une par une ses attaches
céder. C'est un long combat contre la souffrance et les esprits du
mal qui cherchent à inciter l'Indien à abandonner la lutte.

Les hommes et les femmes qui ne pratiquent pas le piercing, ont la
possibilité eux aussi d'accomplir un acte d'auto-torture moindre,
que certains Danseurs pratiquent en supplément et en complémentarité
du piercing. Un chamane prélève sur les épaules des danseurs et
danseuses ainsi que des spectateurs qui le souhaitent, de minuscules
carrés de peau qu'il enferme dans un foulard de couleur contenant
déjà une offrande de tabac. La couleur du sachet correspond à la
couleur de l'élément de l'univers que l'Indien veut honorer. Cette
offrande est offerte au Grand Esprit et le sachet est déposé au pied
de l'Arbre du Soleil. Un voeu peut être associé à cette marque de
respect, à ce don au Grand Esprit.



Les Indiens portent à vie les cicatrices du sacrifice et de la
souffrance, témoignage éternel de leur participation à la Sun Dance.



Les personnes de l'assemblée peuvent si elles le désirent
accompagner le Danseur du Soleil dans son combat. Au moment où le
Danseur engage son dernier combat contre la douleur, alors qu'il
tire sur la corde, parents, amis et simples spectateurs peuvent
souhaiter se placer derrière lui, parfois dans le cercle sacré ;
pour encourager le Danseur du Soleil, ces personnes effectuent en
suivant le rythme du tambour des pas de danse en levant les bras en
signe de respect et pour appeler la compassion du Grand Esprit ;
certains pleurent et gémissent comme l'Indien attaché à l'Arbre du
Soleil.



Les amis Sioux avec qui nous étions nous entraînèrent, ma tante et
moi, pour aider l'un de leurs parents. Emue par cette souffrance
désirée, pieds nus, je me mis à imiter les pas de danse destinés à
apaiser la souffrance du danseur. Gagnée par l'émotion collective et
rapidement convaincue que ce rituel pouvait l'aider, de toutes mes
forces je me mis à unir mon esprit aux autres, désireuse d'une seule
chose, partager sa douleur.



Le temps de la gloire



Après quatre jours d'épreuves corporelles et mentales, au coucher du
soleil, les Indiens entrent une dernière fois dans le cercle
magique. Ils en font un dernier tour pour sortir en virevoltant sur
eux mêmes par la porte de l'Est. Pendant ce temps, les spectateurs
se sont alignés à l'extérieur de l'abris circulaire de branchages,
de la porte de l'Est en allant vers l'ouest. Les Danseurs en file
indienne serrent les mains que leur tendent toutes les personnes de
l'assemblée de spectateurs. Dans cette poignée de main, ils
transmettent un peu de leurs souffrances, que les spectateurs voient
inscrites sur leur corps et leurs visages, et beaucoup de la force
qu'ils ont acquise lors de la cérémonie dans l'enceinte sacrée. La
joie des Danseurs gagne l'ensemble des spectateurs qui, une fois la
clôture de la Danse du Soleil annoncée, se précipitent dans une
évidente excitation autour du cercle pour saisir les piquets rouges
et les branches d'armoise qui délimitent le terrain ainsi que les
foulards suspendus à l'Arbre sacré, ceux qu'ils peuvent atteindre,
les autres resteront jusqu'à la prochaine Sundance. Piquets,
branches d'armoise et foulards ayant servis pour le rituel ont les
fonctions et les vertus de porter chance et bonheur à ceux qui ont
la chance de s'en saisir.



Ma joie fut donc grande, lorsqu'un ami cher de ma tante nous apporta
à chacune un fameux piquet rouge et une branche d'armoise. L'année à
venir allait être heureuse, je n'en doutais pas, et d'un pas pressé
j'allais enfouir mon trésor dans le coffre de la voiture.


Il est difficile pour un esprit occidental de comprendre les raisons
profondes qui poussent les Indiens Sioux chaque année à accomplir ce
rituel. Il est important de faire abstraction de son éducation
occidentale pour pénétrer les mystères, les beautés et les
enseignements de cette cérémonie. La souffrance que s'imposent les
Indiens n'est qu'un moyen pour atteindre un but sacré. (Les Indiens
pensent que le Grand Esprit possède tout. En conséquence, la seule
véritable offrande que les êtres humains puissent lui faire est ce
qui leur appartient en propre : leur souffrance et leur joie.) Si
nous ne pouvons concevoir ce moyen autrement que comme une barbarie,
il sera impossible de comprendre la cérémonie. C'est débarrassée de
tout enseignement et toute connaissance préalablement appris que
j'ai assisté à cette Danse du Soleil. Ainsi, il m'a été donnée la
chance de voir et de comprendre la beauté de ce geste d'auto-torture
qui, plus qu'un sacrifice, est un don de sa personne, un acte
d'amour au Ciel et à la Terre, un merveilleux témoignage de respect
des forces de la Nature et d'admiration pour le Grand Esprit, pour
le Grand Tout qu'est l'univers.

Article de Isabelle VAZEILLES

 

Grand Merci à elle de nous faire partager cette expérience unique que nous imaginons à travers elle.
 

 

 

 

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