LE GRAND CHEF
DAN GEORGE

Le Chef Dan George est né en
1889 sur la réserve Salish de la côte de Vancouver Nord, en Colombie Britannique.
Il y vécut son enfance, s'adonnant à la pêche, à la cueillette d'herbes et de
fruits sauvages, à l'apprentissage des arts et des coutumes ancestrales de sa
tribu. Après avoir travaillé comme bûcheron pendant trois ans et comme débardeur
pendant 28 ans, le Chef Dan Georges, à la tête d'un petit groupe de danseurs et
de musiciens, commença à donner des spectacles dans la région de Vancouver. Il
fut également élu Chef de sa réserve et rempli cette fonction pendant 12 ans.
Au cours des années 60,
il amorça une carrière à la radio et à la télévision, de même qu'au cinéma et au
théâtre. Ses interprétations les plus marquantes resterons probablement le rôle
principal qu'il a tenu dans un classique du théâtre Canadien The Ectasy of Rita
Joe, le rôle de Old Lodgeskins dans le film Little Bigman, pour lequel il a
obtenu une mise en nomination de l'Académie Awards pour la meilleure
interprétation masculine.
Le Chef Dan George s'est éteint en 1981, à
l'âge de 82 ans. Un aigle est venu planer au-dessus de la fosse ouverte, en
présence des milliers de personnes rassemblées lors de l'enterrement, comme pour
symboliser le départ de l'esprit du Chef Dan George.
Dan George, chef des Indiens
capilanos
Mes très chers amis,
Je suis né il y a mille ans, né dans une culture d'arc et flèches; et dans l'espace d'une demi-vie humaine, je me suis trouvé dans la culture de l'âge atomique, mais d'arc, et flèches à la bombe atomique, il y a une distance plus grande que le voyage vers la Lune.
Je suis né à une époque qui aimait les choses de la nature et leur donnait de beaux noms comme Tessoualouit, au lieu de noms desséchés comme Stanley Park. Je suis né à une époque où les gens aimaient toute la nature et lui parlaient comme si elle avait une âme.
Je me souviens qu'étant très jeune, je remontais l'lndian River avec mon père. Je me le rappelle admirant le soleil qui se levait sur le mont Pé-Né-Né ; il lui chantait sa reconnaissance, comme il le faisait souvent, avec le mot indien " merci " et beaucoup de douceur.
Et puis, du monde, est venu, de plus en plus de monde, comme une vague déferlante, et je me suis soudainement trouvé au milieu du 20e siècle. Je me suis trouvé moi-même et mon peuple flottant à la dérive dans cette nouvelle ère ; nous n'en faisions pas partie, engloutis par sa marée saisissante, comme des captifs tournant en rond dans de petites réserves, dans des lopins de terre, honteux de notre culture que vous tourniez en ridicule, incertains de notre personnalité et de ce vers quoi nous allions.
Pendant quelques brèves années, j'ai connu mon peuple vivant la vieille vie traditionnelle, alors qu'il y avait encore de la dignité. Je les ai connus quand ils avaient une confiance tacite dans leurs familles et qu'ils avaient une certaine notion de ce qu'était le cheminement de leur vie.
Malheureusement, ils vivaient dans l'agonisante énergie d'une culture qui perdait graduellement son élan vital. Nous n'avons pas eu le temps de nous ajuster à la croissance brutale qui nous entourait ; il semble que nous ayons perdu ce que nous avions sans que cela soit remplacé. Nous n’avons pas eu le temps d'aborder le progrès du 20e siècle, petit à petit, ni de le digérer.
Savez-vous ce que c'est que d'être sans pays ? Savez-vous ce que c'est que de vivre dans un cadre laid ? Cela déprime l'homme, car l'homme doit être entouré de la beauté dans laquelle son âme doit grandir.
Savez-vous ce que c'est que de sentir sa race écrasée et d'être acculé à prendre conscience qu'on est un fardeau pour le pays ? Peut-être n'étions-nous pas assez malins pour apporter une participation pleine de signification, mais personne n'avait la patience d'attendre que nous puissions suivre. Nous avons été mis à l'écart parce que nous restions sans réagir et incapables d'apprendre.
A quoi cela ressemble-t-il de n'avoir aucun orgueil de sa propre race, de sa famille, aucun amour-propre, aucune confiance en soi ? Vous ne pouvez pas le savoir parce. que vous n'avez jamais tâté cette amertume. Mais je vais vous le dire: on ne fait aucun cas du lendemain, car qu'est-ce que que demain ? On est dans une réserve, c'est-à-dire dans une sorte de décharge publique parce qu'on a perdu dans son âme tout sentiment du beau.
Et maintenant, vous me tendez la main... et maintenant, vous me demandez d'aller à vous. " Viens et intègre-toi ! " c'est ce que vous dites. Mais comment venir ? Je suis nu et couvert de honte. Comment venir avec dignité ? Je n'ai pas de présence, je n'ai rien à donner. Qu'appréciez-vous dans ma culture- mon pauvre trésor ? Vous ne faites que le mépriser. Vais-je venir à vous comme un mendiant et tout recevoir de votre main toute-puissante ?
Quoi que je fasse, je dois attendre, trouver des délais, me trouver moi-même, trouver mon trésor, attendre que vous désiriez quelque chose de moi, que vous ayez besoin d'un quelque chose qui est moi. C'est alors que je pourrai dresser la tête, dire à ma femme, à mes enfants: a Écoutez, ils m'appellent, ils me veulent, je dois y aller. "
Alors, je pourrai changer de trottoir, la tête haute, car j'irai vous parler sur un pied d'égalité. Je ne vous mépriserai pas pour votre paternalisme, mais vous ne me ferez pas l'aumône. Votre aumône, je peux vivre sans elle, mais ma condition humaine, je ne saurais vivre sans elle. Je ne ferai pas de courbettes devant vos aumônes. Je viendrai avec dignité ou je ne viendrai pas du tout. Vous employez le grand mot d' " intégration " dans les écoles. Cela existe-t-il vraiment? Peut-on parler d'intégration avant qu'il y ait l'intégration sociale, celle des cœurs et celle des esprits ? Sans cela, on a juste la présence des corps, les murs sont aussi hauts que les montagnes.
Accompagnez-moi dans la cour de récréation d'une école où l'on prétend que règne l'intégration. Voyez comme son asphalte noire est unie, plate et laide; alors, regardez: c'est l'heure de la récréation, les élèves se précipitent par les portes. Voilà alors deux groupes distincts: ici, des élèves blancs et là-bas, prés de la barrière, des élèves autochtones.
Et puis, regardez encore, la cour noire, unie, ne l'est plus: les montagnes se dressent, les vallées se creusent; un grand vide s'établit entre les deux groupes, le vôtre et le mien, et. personne ne semble capable de le franchir.
Attendez, bientôt la cloche va sonner et les élèves vont quitter la cour. Le mélange des élèves se fait dedans parce que dans une classe, il est impossible de trouver un grand vide, les êtres sont devenus petits, rien que de petits êtres; les grands, on n'en veut pas, du moins, pas sous nos yeux. .
Ce que nous voulons ? Nous voulons avant tout être respectés et sentir que i notre peuple a sa valeur, avoir les mêmes possibilités de réussir dans l'existence, mais nous ne pouvons pas réussir selon vos conditions, nous élever selon vos normes, nous avons besoin d'une éducation spéciale, d'une aide spécifique pendant les années de formation, des cours spéciaux en anglais, nous avons besoin d'orientation et de conseils, de débouchés équivalents pour nos diplômes, sinon nos étudiants perdront courage et se diront: " A quoi bon!
Que personne ne l'oublie: notre peuple a des droits garantis par des promesses et des traités. Nous ne les avons pas demandés et nous ne vous disons pas merci. Car, grand Dieu, le prix que nous les avons payés était exorbitant: c'était notre culture, notre dignité et le respect de nous-mêmes. Nous avons payé, payé, payé jusqu'à en devenir une race blessée, percluse de pauvreté et conquise.
Je sais que dans votre cœur, vous voudriez bien m'aider. Je me demande . si vous pouvez faire beaucoup. Eh bien! oui, vous pouvez faire une foule de choses. Chaque fois que vous rencontrerez mes enfants, respectez-les pour ce qu'ils sont: des enfants, des frères.
Janvier 1975
"Je suis né il y a mille ans..."
Lettre ouverte de Dan George, chef des Indiens capilanos.
Cette lettre de Dan George, chef indien des Capilanos, tribu de la Colombie britannique (Canada), a été lue, lors d'un récent congrès consacré au développement économique de l'Arctique et à l'avenir des sociétés esquimaudes, par le père André Pierre Steinmann, de Puvirnituq, Nouveau-Québec, qui a vécu plus de trente ans avec les Esquimaux. La lettre de Dan George, a-t-il déclaré, reflète parfaitement l'état d'esprit des Esquimaux du Groenland, du Québec et des territoires du Nord-Ouest.
Écrit par : Dan George, chef des Indiens capilanos
Filmographie comprend les
titres suivants:
Americathon Centennial
The Outlaw Josey Wales
Shadow of the Hawk
The Bears and I
Harry and Tonto
Alien Thunder
Dan Candy's Law
Little Big Man
Dan George est l'auteur des
livres suivants :
Les plaines du ciel
My heart soar
My spirit soars
You Call Me Chief:
Impressions of the Life of
Chief Dan George
(Hilda Mortimer et le chef
Dan George)
Récompenses
- 1971 : Laurel: "Meilleur acteur dans un second rôle" pour Little big man
- 1971 :Nsfc: "Meilleur acteur dans un second rôle" pour Little big man
1971 : N yfcc: "Meilleur acteur dans un second rôle" pour Little big
Man
Nominations
Oscar 1971
Meilleur
acteur dans
un second
rôle" pour
Little big
man
Golden
globe Award
1971
Meilleur
acteur dans
un second
rôle" pour
Little big
man
MERCI A LUI
POUR CES SUPERBES TEXTES

UN MÊME DÉSIR
Un même désir anime tous les
hommes et toutes les créatures.
avoir le sentiment de leur
valeur de leur utilité.
Le respect mutuel entre tous
les êtres est indispensables ,
si on veut satisfaire cette
aspiration commune.
Au temps jadis, l'homme et
l'animal vivaient en harmonie,
et la beauté de la terre
emplissait leur coeur au présent.
Présent, il faut compter
sur la diligence de chacun d'entre nous pour assurer,
au saumon une frayére et à
l'ourson un arbre dans lequel grimper.
Le temps presse et il nous
faudra faire beaucoup d'efforts!
CHEF DAN GEORGE

L'OURS EST LE
PLUS PROCHE DE L'HOMME
A ma naissance,
mon grand -père m'a enlevé à ma mère:
pour m'envelopper
dans une douce fourrure d'ours noir.
Elle ma donné
de la chaleur!
elle ma procuré
bien-être et sécurité!
comment ne pas
éprouver de la reconnaissance envers l'ours?
De tous les
animaux, l'ours et le plus proche de l'homme.
Il semble
pourtant y avoir bien peu de place pour lui a présent.
CHEF DAN GEORGE

J'AI ESSAYE D'ÊTRE UN INDIEN
Personne ne me déniera le
droit d'affirmer que j'ai essayer d'être un Indien.
Dans le monde de l'homme
blanc ce fut difficile, mais je m'y suis efforcé.
J'ai essayé de prendre soin
de mon peuple et je m'en suis préocupé,
à la manière du CHEF DAN
GEORGE et non comme d'autres,
eussent souhaité que je le
fasse.
Est-il possible au chevreuil
de grimper aux arbres comme le raton laveur?
Il y aura toujours quelqu'un
pour confondre chevreuil et raton laveur,
une telle personne a les
yeux faibles, mais la langue bien déliée.
Si quelqu'un vient dire que
je n'ai pas été suffisamment Indien c'est qu'il ne saura
jamais à quel point j'ai
taché de l'être.
CHEF DAN GEORGE

AIE PITIÉ
Aie pitié du
vieil homme dont les enfants ne peuvent entendre les soupirs.
Aie pitié de la
vielle femme qui a pour seul réconfort ses souvenirs fugaces.
Aie pitié d'un
peuple lorsque ses aînés ne peuvent sourire au soleil couchant.
CHEF DAN GEORGE

COMPASSION
Lorsqu'on est
vieux et délaissé, il arrive que l'on ressent de l'amertume.
Mais l'amertume
dessèche le coeur et engendre la solitude.
A une certaine
époque , il m'est arrivé de ressentir cela.
Je n'ai
pourtant pas abandonné.
Il faut
continuer à vivre et le faire du mieux que l'on peut.
La meilleure
façon, la plus agréable,
c'est regarder
au fond des yeux d'un enfant,
regarder
jusqu'a en frémir de compassion.
La joie de la
vie se révélera alors à vous.
La compassion
doit embrasser tous les sentiments qu'on vient à éprouver au cours d'une vie
alors,
seulement il est possible de laisser la flamme s'éteindre d'elle même.
CHEF DAN GEORGE

HONNÊTETÉ ET
VANITÉ
Une couverture
, une chaise confortable sur laquelle je peut m'asseoir.
A mon âge, ce
sont les objets dont j'ai le plus besoin.
Le temps
s'étire et je me prends à réfléchir à mille choses.
Certaines sont
sans conséquence, d'autres demeureront toujours importantes.
Par exemple,
les réflexions sur l'honnête et la vanité.
Comme l'huile
et le vinaigre, les deux ne se mêlent pas, pourtant, je ne peut,
m'empêcher de
méditer sur leurs effets.
Lorsque j'étais
enfant, on inculquait à chaque jeune l'honnêteté.
De nos jours,
la vanité est devenue un simulacre de l'honnêteté.
Elle leurre un
grand nombre de parents et leur fait enseigner aux enfants de mauvaises
attitudes.
Je suis inquiet
pour mes petits enfants.
J'ai peur pour
la terre.
La vanité de
l'homme a le pouvoir de disposer de toute vie,
au point que la
terre ébranle les assises de l'univers.
L'honnêteté,
celle qui respecte la vie,
est la seul
force qui prévaut sur la vanité.
CHEF DAN GEORGE

Beaucoup peuvent vivre dans
l'harmonie, là où nul n'est l'intrus.

ESPERANCES
Espérances?
qui n'en a pas
?
Il en est une
au fond de mon cœur.
Que subsiste
quelque chose en moi, comme un pont, même étroit,
pour qu'un
voyageur, au hasard de sa route, puisse le traverser et ressentir alors,
à quel point
celui qui l'a jeté était épris de fraternité.
CHEF DAN GEORGE

L'enfant ne questionne pas
les torts des grandes personnes, il les subit !

EXTRAIT DES PLAINES DU CIEL
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